« Il faut vivre l’expérience » affirmait Georges Bataille. C’est ce credo qu’a choisi Jean-Pierre Marszalek lorsqu’il s’installe au Cap-Gris-Nez en 2020. Le COVID-19 l’empêche de sortir mais ce n’est que partie remise. Il tombe amoureux de ce paysage, de son histoire, de sa géologie. Non loin des côtes anglaises, il voit de la beauté là où personne ne la trouve. Ce territoire lui permet de penser le paysage en tant que nature éprouvée par l’Homme.


Photos de l'atelier de Jean-Pierre Marszalek - Crédit photo : Laurie Paris
Alors que la question environnementale est plus que jamais d’actualité, l’artiste a choisi le dessin pour représenter des écorchés, des projets passés, en cours ou futurs, mais surtout des vues du Cap-Gris-Nez. Il se veut comme l’acteur, le producteur de sa vie. Chaque jour, il se promène dans ce paysage pour mieux l’appréhender. Historiquement, géographiquement, artistiquement.

Le Chatelet, dessin, 50x75cm - Crédit photo: Laurie Paris

Cap Gris Nez, dessin, 50x75 cm - Crédit photo: Laurie Paris
On y trouve encore les ruines d’une forteresse anglaise, construite par le roi Henri VIII au début du XVIème siècle. Napoléon s’y est arrêté en 1803. Des blockhaus sont encore visibles. Alain Bashung s’est marié à Audinghem et y avait une maison. Bruno Dumont y tourne ses films. Toute une histoire. Des géologues affirment que la plage est située près d’une zone d’inversion tectonique. Quand on se trouve sur la falaise, à marée basse, un plissement géologique particulièrement marqué est visible.
Le pli, tout comme les mouvements, est particulièrement présent dans l’œuvre de Jean-Pierre Marszalek. En plus du dessin, l’auteur utilise, pour marquer le changement, l’aquarelle, le drawing-gum, la dentelle. La forme du cercle est prégnante. Comme une boucle. Ou une rime. Mais il n’est jamais définitivement satisfait. Alors il crée par au-dessus. L’œuvre devient un palimpseste. Comme le Cap-Gris-Nez finalement : un amas de matière qui se découvre et qui nous parle, pour peu qu’on prenne le temps de le regarder.

Cap Vent, dessin, 50x75cm - Crédit photo: Laurie Paris

Cran d’Armérie, dessin, 50x75 cm - Crédit photo : Laurie Paris
Chaque œuvre devient alors une expérience vivante. Chacun s’imagine les plis de la terre, les cavités, les passages qu’offrent les multitudes de traits. L’artiste évoque un parcours poétique personnel : on se promène dans l’œuvre comme on se promène sur la plage. Et son se met à l’affût du poétique, de l’artistique, dans les plis, les traits, les blancs. Le Cap-Gris-Nez est le lieu de toutes les métamorphoses, de toutes les transformations découvertes par l’expérimentation sur le terrain.
Article co-écrit avec l’artiste pour qu’il puisse expliquer librement sa démarche.