Il faut d’abord lire scrupuleusement le cartel des œuvres, puis il y a les professions de foi. L’écrit sur l’œuvre fédère.

Jeu combinatoire POAA62 2026 Photo d’atelier - avril 2026 - Crédit photo : Hubert Duquesnoy

Intervention du public POAA62 2024 – mai 2024 - Crédit photo : Hubert Duquesnoy.
Hubert Duquesnoy écrit car le travail plastique et la peinture ne s’arrêtent pas à la surface. L’écriture accompagne la création avant, pendant et après l’œuvre. L’écriture ne sert pas à expliquer ce qui est visible, mais à nourrir la réflexion, garder la mémoire du processus et prolonger la rencontre avec le public. Le travail de l’artiste naît de ses sentiments et d’une intuition souvent liés à l’actualité.
L’écrit participe pleinement à la maturation nécessaire de l’œuvre : il recueille les idées, conserve les références et permet à l’artiste de préciser l’intention qui guide le travail plastique. Avant le travail et la peinture d’Hubert Duquesnoy, l’écrit est une note d’intention dans laquelle figurent la narration envisagée ainsi que les notions traversées par l’œuvre. Faut-il y voir ici une manie d’enseignant, comme le dit l’artiste lui-même ?
Après la production de l’œuvre, un nouvel écrit prend la forme d’un feuillet à disposition des visiteurs. Ce texte est conçu pour un public et un contexte précis. Il devient un interlocuteur placé auprès de l’œuvre. Il en précise le contexte, en éclaire les enjeux et ouvre un espace de dialogue sans imposer une lecture unique.
Ces écrits n’expliquent pas l’œuvre. Ils en poursuivent son mouvement. Ils sont ambassades et médiations. Voilà le lien précieux.
Hubert Duquesnoy rassemble des formes, des images, des matières ou des écrits qu’il déconstruit pour de nouvelles compositions. Ainsi le travail de l’artiste s’organise-t-il selon un protocole en trois temps où chaque étape fait œuvre : collecter, fractionner, recomposer.
1/ La collecte constitue pour lui une collection qui rassemble images, matières et écrits. Les éléments collectés sont dictés par la note d’intention et ont leur singularité.
2/ Vient ensuite le fractionnement des documents collectés, fractionnement en carrés de 4 cm sur 4 cm. Il ne s’agit pas d’une destruction, mais de défaire l’organisation première des éléments afin de révéler de nouveaux liens. Ce geste est ritualisé, Hubert Duquesnoy l’associe à une prière.
3/ La recomposition en plan ou en volume sous forme d’installation ou de performance est le résultat d’un long cheminement où l’écrit joue son rôle de mémoire et de documentation. Le texte devient passeur.
Le travail est pour l’artiste un langage signifiant. Il n’est jamais un simple procédé technique. La matière, le geste, la couleur et le temps portent le sens autant qu’ils produisent ce qui est à voir. La technique est une pensée en acte. L’écrit pour Hubert Duquesnoy est un moteur pour son art. Ainsi chaque installation, chaque performance, chaque peinture deviennent-elles la matérialisation d’un réel. Le texte en est la caution. Car la note d’intention, comme le feuillet gardent la trace de ce qui a été collecté et des idées qui ont émergé.
Note d’intention, comme feuillet d’exposition, ne proposent pas de recettes, mais sont des espaces où l’intuition se confronte aux rigueurs du protocole de travail.
L’écriture peut ainsi devenir une partie de l’œuvre elle-même. À l’occasion des POAA62 de mai 2024, les visiteurs sont invités à écrire leurs pensées sur des lianes de papier compilées pour la performance « Contorsion des corps ». La création devient collective.
Hubert Duquesnoy revendique un travail fort qui engage la peinture et le faire comme une nécessité. L’artiste le veut beau, vrai, non comme une qualité décorative, mais parce qu’il assume l’héritage des savoir-faire, des traditions et de l’expérience sensible. Il veut son travail intelligent parce que son travail organise le ressenti, compose avec les émotions et l’expérience pour interroger notre manière d’habiter le monde.
La travail plastique d’Hubert Duquesnoy, porté par l’écriture, est le produit d’une sensibilité confrontée à la rigueur d’un protocole pré-établi. L’œuvre ouvre une nouvelle voie : Work in Progress.
Danser la carmagnole

Danser la carmagnole (trace de la performance du 14 juillet 2008 rue Baudimont à Arras)
Exposition Esprit d'une collection, don de Mireille Desideri - Musée d’Arras – 22 juin 2024 - Crédit photo : Laurence S.
Le contexte de cette œuvre en est la fête nationale du 14 juillet.
Cette performance clôt une action menée durant un mois dans la vitrine de Mireille Desideri. Cette action emboîte le pas à Cadet Rousselle et ses canivets.
Une vidéo ayant pour titre « Arras, 14 juillet 2008 » a été réalisée par Frédérique Pol. Elle est disponible sur le site de la société productrice Monac1. http://www.monac1.fr
Deux mètres linéaires

Deûl’ART 2022, Pont à Vendin – 21 octobre 2022 – Crédit photo : Laurence S..
Deux mètres linéaires- est une narration qui met en scène une promenade le long d’un canal. Il pleut…
L’installation est composée d’un paysage délicat de bord de rive et d’une longue compilation de carrés de 4 centimètres sur 4 centimètres. Cette liane s’étend, franchit, traverse, relie…
Peinture, objet, installation, performance sont convoqués dans un dialogue entre ordre et désordre.
Un travail tendre qui n’enferme pas les promesses.
Pièces à conviction

Pièces à conviction
Deûl’ART 2024, Pont à Vendin – 27 septembre 2024 – Crédit photo : Hubert Duquesnoy.
Le canal de la Deûle est le théâtre d’une fiction à imaginer.
Les objets peintures trouvés sur ses berges, exposés ici, sont pièces à conviction. Une énigme à résoudre.
Cette scène métaphorique de l’acte de peindre dit le monde. Le monde en déconstruction.
Ce qui est présenté est consécutif au parcours de l’artiste, à ses réflexions. Un propos soutenu par le geste, l’installation, la performance.
L’art est teinté d’un hier et d’un demain, c’est un entre deux.
L’histoire continue.
La bonne cuisine ! Liberté – Égalité – Fraternité – Laïcité - À table citoyen

La bonne cuisine ! Liberté – Égalité – Fraternité – Laïcité - À table citoyen
Deûl’ART 2025, Pont à Vendin – 12 septembre 2025 – Crédit photo : Hubert Duquesnoy
Quatre socles, tels des colonnes archéologiques, portent chacune une assiette souillée : traces ultimes d’un repas consommé.
Ces socles sont composés de strates de papiers du quotidien de provenances diverses, fractionnés en carré, puis compilés.
Les notions de norme, de rebut, de diversité sont ici convoquées ainsi que l’idée de mémoire et d’érosion, comme une fouille dans notre quotidien ordinaire.
La cuisine devient lieu de rencontres, de partages et de débats.
L’invocation des valeurs républicaines Liberté - Égalité - Fraternité... Laïcité agissent ici comme ingrédients interrogeant la table commune dans toute sa pluralité.
L’espace ici créé accompagne les valeurs revendiquées : Liberté - Égalité - Fraternité - Laïcité.
Contorsion des corps – Contorsion des mots

Contorsion des corps – Contorsion des mots
Récoltes & fragments – Histoires de peinture, Bondues – 23 septembre 2023 – Crédit photo : Laurence S.
Sont mises à disposition en nombre nécessaire et suffisant des lanières composées d’une compilation de papiers.
Les objets de deux mètres de long sont insaisissables et traduisent toutes les contorsions du corps.
Après manipulation, les lanières sont destinées à recueillir les impressions. Sensations, visions du monde y seront transcrites, comme autant de commentaires sur la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, ...
Article co-écrit avec l'artiste