Soumis par paris.laurie le mar 03/03/2026 - 08:55

Dans le monde de l’art contemporain, certains artistes parviennent à redonner vie à des matériaux oubliés, bruts et souvent porteurs d’histoire. C’est le cas de Gérard Sévin, installé dans le Bassin Minier, qui a choisi de faire de la toile de jute le cœur battant de sa création. Il ne travaille pas exclusivement sur ce matériau mais ce dernier représente néanmoins un pan important de son travail.

Souvent associée à des usages industriels, agricoles ou artisanaux, la toile de jute trouve sous les doigts de l’artiste une seconde nature. Elle devient support d’expression, matière vivante voire personnage à part entière dans des œuvres à la croisée du geste, du texte et du récit. L’artiste a d’abord travaillé ses créations sur des toiles en lin mais très vite, la jute lui a permis de poser sa créativité sur de plus grands espaces et avec une plus grande liberté.

Gérard Sevin - Photo 1Gérard Sevin - Photo 2

A gauche : toile de jute dénichée en brocante – maille bien serrée ; à droite : toile de jute achetée en ligne – maille trop ajourée pour être utilisée par l’artiste dans ses créations.

Gérard Sévin travaille la peinture au couteau mais également au pinceau et globalement avec différents outils qui lui permettent de coucher la matière : pinceaux, doigts, ustensiles en plastiques détournés et agrémentés de plume (réalisée maison avec un ancien support de carte téléphonique).

Gérard Sevin - Photo 3

Outil fabriqué par l’artiste –  base d’une petite fourchette en plastique dont on ne garde que la dent centrale et partie supérieur découpée en forme de flamme dans une carte téléphonique.

Chaque œuvre créée évoque une tension entre le brut et le sensible. L’artiste ne cherche pas à dompter la matière mais à dialoguer avec elle : jeux de textures, parfois effilochages volontaires, etc.

L’artiste commence toujours par enduire son support à l’acrylique pour faciliter la future accroche de la peinture. Il travaille ensuite son relief avec de la peinture acrylique mélangée à de la pâte à relief, puis il poursuit et termine son œuvre à la peinture à l’huile.

Gérard Sevin - Photo 4Gérard Sevin - Photo 5

Verso de toiles enduites à l’acrylique

Gérard Sévin trouve son inspiration dans les cimetières, les églises, les abbayes, l’art gothique, l’art roman, dans son bestiaire, ses images cachés dans la pierre, et même dans les poèmes comme celui de Pierre Louys intitulé : Les Hamadryades :

Les arbres des forêts sont des femmes très belles

Dont l’invisible corps sous l’écorce est vivant.

La plus pure eau du ciel les abreuve, et le vent

En séchant leurs cheveux les couronne d’ombelles.

Il en résulte le tableau ci-dessous :

Gérard Sevin - Photo 6

L’artiste le dit lui-même : il arbore un travail artistique autour du symbolisme et du mysticisme.

« Comme au ciel, Paix sur la terre » représente l’un de ses derniers tableaux. L’on y perçoit, caché dans les nuages, l’archange Saint-Michel terrassant le dragon. En partie basse l’œuvre vient illustrer la guerre notamment des tranchées et la Terre qui ne cesse de souffrir... La toile était prévue à la base pour la création d’un étendard mais finalement, l’œuvre est restée sur châssis ; ce sera donc une toile tendue proposée à l’œil du visiteur. (À contrario, pour un étendard, le reposé de la toile est libre).

Gérard Sevin - Photo 7

L’artiste n’a pas de couleur préférée, mais utilise toutes les teintes du spectre chromatique. Il ne place pas ses couleurs sur une large palette, au sens propre du terme ; mais utilise du papier photo cartonné de petite taille, genre A6, sur lequel il mélange la matière. S’il fallait donner une couleur préférée, Gérard Sévin choisirait le bleu indigo.

Gérard Sevin - Photo 8Gérard Sevin - Photo 9

Détails issus des œuvres de l’artiste montrant alors un travail en relief grâce au support propice de la toile de jute et de l’utilisation de la peinture acrylique suivie de celle à l’huile.

En valorisant ce support et matériau peu commun dans le monde artistique, Gérard Sévin interroge le regard du visiteur / spectateur : qu’est-ce qu’une « belle œuvre » ? Que peut-on sublimer ? et surtout quels récits s’impriment dans la fibre même d’un support oublié ?

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