Dans son atelier niché au cœur du Calaisis, Jacques Declercq ne se contente pas de créer des œuvres : il en façonne aussi le support. Artiste singulier, particulièrement attaché à la matière et au geste, il fabrique son propre papier. Jacques transforme alors une « simple feuille » en terrain d’expérimentation artistique.
Pour lui, le papier n’est pas neutre : il est vivant, texturé et porteur d’histoire. Cela va de pair avec l’approche vivante et sensible chère à l’artiste (il évoque ainsi une certaine sensualité dans la taille du crayon, le toucher du papier).
Marqué par un environnement lié à la bande dessinée, Jacques porte très tôt un intérêt pour le dessin. Pour le mettre en forme, il a d’abord acheté le papier, comme tout le monde. Très vite, il est arrivé au constant suivant : le papier était oublié dans sa matière. Pour dépasser ce constat, Jacques part sur le principe suivant : donner au papier une histoire, un vécu avant même que le dessin ne vienne être couché.
Créer du papier est déjà un acte artistique en soi. En fabriquant le papier lui-même à partir de fibres naturelles (du lin par exemple ou encore des feuilles de maïs), il redonne à cette matière une noblesse oubliée. Chaque feuille créée est unique, tant par sa composition que par sa surface, parfois granuleuse, parfois diaphane mais toujours expressive.
Inspiré par les techniques anciennes (et par le travail de la guêpe qui fait son nid !), Jacques a mis au point son propre protocole. Après le séchage de sa matière première, l’artiste la coupe en morceaux puis laisse la matière se décomposer dans l’eau afin qu’il ne reste que les fibres. Celles-ci seront alors lavées puis bouillies avec de la soude. Faire tremper, battre, filtrer puis presser, sécher représentent les maîtres-mots du processus.
L’artiste créé son papier dans une petite cuve. Il gère les épaisseurs de son papier avec la quantité de pâte adaptée. Il maîtrise son protocole jusqu’au bout des doigts.

Archives de la création du papier
La démarche de l’artiste d’inscrire dans une recherche de l’authenticité et du lien au sensoriel avec l’œuvre. Parfois, le papier devient même le sujet principal : plié, lacéré, froissé, il raconte des histoires de fragilité et de résistance ; le papier représente alors une entité qui réclame son existence et qui vient révéler une image. La fabrication de son papier fait partie intégrante de sa pratique artistique. Elle révèle un rapport profondément tactile et méditatif au monde. C’est en outre une manière de se reconnecter au geste, à la patience et l’inventivité.
Une fois le papier créé, l’artiste peut le mettre en action avec l’une presses qui se trouve dans son atelier.





Presses et rendus imprimés
Au-delà de l’utilisation des presses, l’artiste façonne tant en taille qu’en épaisseur son support artistique, laissant alors libre cours à sa créativité et ses inspirations. Souvent laissé en couleur brute, le papier est parfois teinté de couleur. Jacques se préoccupe en outre de la transcendance, interroge le vide et l’invisible. Le fortuit représente une part importante dans ses créations. Les arrachures, par exemple, peuvent être perçues comme une source de soin : en réalisant une intervention plastique pour réparer le papier ou encore remettre de l’unité dans ce qui a été séparé , ne peut-on pas potentiellement, se réparer aussi ?



Créations de l’artiste
Tout petit attiré par le bois, Jacques l’avoue : un de ses objets fétiches est un morceau où l’on voit clairement un xylophage qui a tracé son chemin, avancé, créé dans la matière ; c’est ce que Jacques a fait lui aussi et continue encore de faire.
Lien vers la fiche artiste de Jacques Declercq: https://artistes62.fr/index.php/profile/162