Soumis par paris.laurie le mer 15/04/2026 - 10:04

Ancré à Arras depuis plus de 25 ans, Vincent Wimart puise dans son environnement immédiat la matière première de son œuvre picturale. Adolescent déjà, il explore l’espace de la case à travers ses premiers dessins. Par la suite, les exigences de sa formation musicale et de sa carrière professionnelle le tiennent quelque temps éloigné des autres formes d’expression artistique. Cependant, la découverte des places d’Arras — qui deviendra sa ville d’adoption — ouvre une nouvelle dimension à son travail de création.

Se souvenant de la réflexion de Goethe, « l’architecture, c'est de la musique figée », l’artiste exploite librement le vocabulaire architectural du baroque flamand typique du Nord de la France. Il le manipule sans cesse dans des combinaisons contrapuntiques(1). L'ensemble homogène et harmonieux des Places d'Arras, les volutes et les lignes galbées des façades rythmées par des colonnes et des fenêtres, deviennent l'alphabet plastique d’un langage pictural personnel. En 2017, pour célébrer le centenaire de la Bataille d'Arras, il réalise sa première grande toile (97x130 cm) intitulée 1917. Fortement marqué par la destruction des Places, l'artiste ré-exploite la couleur jaunâtre des photos d'après-guerre dans un entremêlement chaotique de façades et de gouttes de sang.

1917

1917 - crédit photo : Vincent Wimart

En 2020, Vincent Wimart rend hommage aux peintres de l’école d’Arras. Il propose une version personnelle de La Grand'Place d'Arras un jour de marché, illustrée par Charles Desavary. La toile, aux dimensions identiques que la précédente, fait écho aux marchés du XXIe siècle et à l'envahissement de la publicité, par l'ajout et le collage de prospectus disséminés.

Jour de marché

Jour de marché – crédit photo : Vincent Wimart

La même année, il produit une série de douze toiles, Passent les heures. Comme un lointain hommage aux cathédrales de Monet, il décline la luminosité des places du matin jusqu'au coucher du soleil. Les pignons chantournés et autres éléments architecturaux sont isolés puis ré-agencés de manière à retrouver la mobilité de l'architecture baroque, dans l'ordonnancement classique.

Passent les heures

Série Passent les heures – crédit photo : Vincent Wimart

Son regard voyage aussi. A chacun de ses séjours en France ou en Europe, le peintre rapporte des fragments de paysages, des jeux de lumières et de nouvelles harmonies de couleurs.

Dans la série Rhuys, Vincent Wimart s’éloigne du motif réel pour en garder l’essence : la lumière et la vibration des couleurs. Inspiré par les paysages de la presqu’île de Rhuys, il en retient la variété des nuances : les bleus subtils de l'océan et du ciel, les verts profonds de la mer et de la végétation. Ces paysages abstraits ne cherchent pas à représenter un lieu précis, mais à en restituer la sensation éprouvée. La couleur se fait rythme, la lumière structure et fait naître le paysage. Chaque tableau devient un espace de mémoire et d’émotion, une résonance intérieure de la Bretagne et de ses horizons.

Rhuys

Rhuys – Crédit photo : Vincent Wimart

L'artiste, toujours en quête, aime s'approprier de nouveaux supports et mêle différents médiums et matériaux : acrylique, papiers découpés, stylo bic, encre... ils évoluent sur le papier, la toile, le bois, en deux ou trois dimensions. Dans la série Paesaggio, il explore librement les potentialités expressives du dessin en ligne continue (monocondyle) exécuté à l'aide d'un simple feutre noir. Par un geste initial et unique, le tracé construit une forme close, autonome mais suggestive, oscillant entre abstraction graphique et évocations topographique, géologiques ou encore géographiques.

Paessagio

Paessagio – Crédit photo : Vincent Wimart

Toutefois, les Hauts-de-France ne sont jamais bien loin. Avec la série Trouée, l’artiste renoue avec les couleurs de nos campagnes tout en explorant la forme du tondo, ce cercle qui, depuis la Renaissance, évoque la perfection, le cycle et la continuité. Inspirées par le travail de la plasticienne arrageoise Mireille Desideri, ces trouées sont autant de passages visuels : percées de lumière, éclats de couleur ou encore fragments de paysages finement entrevus. Dans ces cercles cernés de noir, la nature n’est pas représentée mais évoquée, filtrée par la mémoire et le geste. Trouée invite à la traversée, à l’émerveillement discret devant ce qui surgit quand on laisse le regard s’ouvrir.

Trouée

Trouée – Crédit photo : Vincent Wimart

Ainsi, à travers l’ensemble de son œuvre, Vincent Wimart compose une peinture du regard et de la mémoire. Son univers se construit comme une partition où l’architecture, la lumière et le paysage s’accordent en variations multiples. De la rigueur musicale à la liberté du geste pictural, il tisse un dialogue constant entre structure et émotion, entre ordre et vibration.

Article co-écrit avec l’artiste afin de laisser l’artiste s’exprimer dans sa démarche.

(1) : en contrepoint