C’est avec la volonté de créer avec son environnement proche, social comme géographique, que Benoît Saison travaille. Mais il travaille aussi sur l’environnement au sens de développement durable : son impact écologique est limité au maximum. C’est son regard sur la surconsommation et la création de déchets, notamment le papier, qui l’a guidé vers la création d’œuvres à partir d’éléments glanés, récupérés, détournés.
Sous ses mains, les vieux papiers deviennent des supports d’expression ou des matières premières pour la création, pour la gravure ou la sculpture. Les vieux couverts deviennent des sculptures, nommées « Couvertopodes ». Les chutes de vieux meubles en bois massif deviennent des éléments de sculpture. Ou des matrices pour la xylogravure. Après avoir glané ces matières, il se projette. Il crée des séries d’œuvres, jusqu’à extinction du stock.

Bois gravé - ParcourS #3 Audruicq Septembre 2019
Quand il ne récupère pas directement, Benoît Saison achète d’occasion ou crée de ses propres mains. Comme ça, l’outil répond directement à ses besoins. De la même manière, il adapte sa technique artistique par rapport à ses outils, qu’il peut lui-même créer également. La typographie est aussi de la partie : les mots deviennent plastiques. Comme le dit l’expression : « les mots passent, les écrits restent ». Il écrit à sa manière, laissant une empreinte. Ça tombe bien, l’artiste en fait son intention artistique : Comment vivre aujourd’hui avec l’empreinte du passé ? Comment voir ou apercevoir aujourd’hui l’empreinte du temps ? Comment créer en consommant le moins possible ? Comment revaloriser les déchets, qui sont eux-mêmes la trace d’une consommation effrénée ?

Estampe sur papier de l’artiste - janvier 2024
Pour répondre à ses questions, l’artiste, qui se définit comme un « Art Brutiste » s’accompagne de différentes formes d’expression. Plastique d’abord, avec la gravure, la sculpture, la vidéo ou la photo. Mais aussi vivante, avec des rencontres avec le public, les spectacles, des performances de rue. Les espaces publics, la rue, les paysages naturels sont considérés comme des lieux de création, une extension de son atelier d’art. Cet atelier a trouvé place dans un ancien bâtiment de l’industrie de la dentelle de Calais, réhabilité en autoconstruction.

KabanE - Journée Européenne du Patrimoine - Septembre 2025
Ses spectacles de rue, comme les « Vel’Art », associent un territoire, sa géologie, son patrimoine naturel et bâti, avec les habitants. Cela passe par des créations participatives, qui sont la synthèse de la rencontre avec son environnement. Car, en prolongement de l’expression plastique en extérieur, c’est l’expression de l’environnement social qui pointe le bout de son nez. La médiation est une notion centrale dans la pratique de l’artiste. Lors des Portes Ouvertes d’Ateliers d’Artistes (vous connaissez ?), il organise un micro festival pour collaborer avec des artistes locaux, qu’ils soient plasticiens ou musiciens. Par ailleurs, il a cofondé, avec Stéphanie Noyon et Catherine Thomas Doré, le comité des « Urban Scketchers Calais Côte d’Opale », pour organiser des rencontres de dessinateurs de rue mais aussi fédérer autour de cette pratique. Il est également à l’origine du collectif « Opalestampes », qui regroupe cinq ateliers de gravures de Calais, Saint-Inglevert, Desvres et Dunkerque. Enfin, il participe à de nombreux festivals.

Trip’Art au verger - juillet 2021
Car au fond, la marotte de Benoît Saison, c’est d’aller à la rencontre de son environnement social. Cela passe, comme nous l’avons vu, par des collaborations, mais aussi par des rencontres avec les publics : scolaires, en situation de handicap, en précarité sociale ou éloigné des lieux de culture. Sous forme de rencontres ou de projets participatifs, il emmène un groupe avec lui sur les chemins de la création. C’est ainsi que le concept de la « Kabane » est né. Elle a été présentée en extérieur pour la première fois en avril 2023 avec la MJC de Calais. Elle est construite à chaque intervention avec les habitants et elle interroge sur les souvenirs de notre jeunesse. Elle interroge aussi sur la notion de refuge poétique.
Mais alors, comment l’artiste se déplace pour rencontrer le public ? C’est le moment d’évoquer ce qui fait la particularité de Benoît Saison : il utilise un vélo, un triporteur ou encore un tricycle, avec des remorques bricolées qui vont bien avec. De cette manière, il se déplace en ayant un impact environnemental le plus faible possible. Tractée par le tricycle, une forêt mobile, faite de papiers et de végétaux, va à la rencontre des habitants des quartiers prioritaires pour aborder le lien que nous avons avec les arbres, la nature, bref, notre environnement. Il souhaite développer ses itinérances au sein des territoires avec des périodes plus longues et avec une autonomie totale. Car, au final, n’y a-t-il pas meilleure solution pour découvrir un environnement que de s’y immerger à la vitesse d’un vélo, avec la fragilité du chemin que l’on découvre et la richesse des rencontres au hasard d’un virage ?
Article co-écrit avec l’artiste afin qu’il puisse s’exprimer dans sa démarche.